Crédit texte : Xavier Poussard, Devenir Brigitte
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00:00 Devenir Brigitte, Xavier Poussard Partie 2, Chapitre 7, 8, 9
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1) Podcast Devenir Brigitte, Xavier Poussard Partie 1, Chapitre 1 : 2017 https://www.youtube.com/watch?v=JT94c__Wc0s&t=287
2) Podcast Devenir Brigitte, Xavier Poussard Partie 1, Chapitre 2 : « Brigitte », Fil rouge du règne d’EM https://www.youtube.com/watch?v=tLeBcSKfWks&t=1820
3) Podcast « Devenir Brigitte – Partie 1, Chap 3 : BRIGITTE ET LA DROITE CONSERVATRICE : UN TOUR DE PASSE-PASSE SOCIAL » https://www.youtube.com/watch?v=MUav9Dv_lG8&t=1460
4) podcast « Devenir Brigitte – Partie 1, Chap 4 : LES GOÛTS DE MACRON » https://www.youtube.com/watch?v=Mlkw4hZU9Ss&t=2140
5) Podcast « Devenir Brigitte, Xavier Poussard Partie 2 : La rencontre, Chapitre 5 : Garçon, 14 ans » https://www.youtube.com/watch?v=eE3CIJMFlTs&t=1879
6) Podcast « Devenir Brigitte, Xavier Poussard Partie 2, Chapitre 6 : Le mythe de l’écrivain Macron » https://www.youtube.com/watch?v=Mlkw4hZU9Ss&t=2990
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Brigitte ou Jean-Michel Trogneux ? Tout comprendre sur l’affaire ! – Xavier Poussard
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Pressibus
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Texte du chapitre 7
PARTIE II
LA RENCONTRE
« Il suffit d’une rencontre pour sauver un enfant. Brigitte Macron », RTL, 26 février 2023.
« Toute l’histoire était un palimpseste, gratté et réinscrit exactement aussi souvent qu’il le fallait. »
George Orwell, 1984, 1949.
7
JEUNE LOUP BALZACIEN OU ADOLESCENT EXFILTRÉ ?
« Le romantisme qui plaît tant à l’électorat féminin »
Le 13 novembre 2015, la première tentative d’Emmanuel Macron de se rendre réellement visible en tant que candidat à l’élection présidentielle de 2017 est passée totalement inaperçue en raison de la vague d’attentats qui a frappé Paris le soir même. À l’occasion d’un portrait élogieux dans Le Monde, E. Macron, alors ministre de l’Économie, a été mis en valeur par l’émission phare de Canal+, Le Supplément, enregistrée le 13 novembre mais diffusée le lendemain. Pour présenter ce « nouveau visage », la voix off du reportage raconte que lui et « Brigitte Macron, son épouse, se sont rencontrés au lycée. Il était en classe de première. Elle était son professeur de littérature ». Emmanuel Macron corrige, concédant qu’il l’a « connue peu avant ses 16 ans » alors qu’« elle était [son] professeur de théâtre », et nie vigoureusement avoir été arraché à son domicile familial, comme le rapporte Le Monde : « A 16 ans, élève de seconde et lauréat du concours général de français, Emmanuel Macron s’est épris de sa professeure de français, Brigitte Trogneux, mère de trois enfants et de vingt ans son aînée. Toute la France connaît désormais le romantisme qui séduit tant l’électorat féminin. On sait moins qu’Emmanuel a dû quitter
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la maison familiale et s’exiler à Paris, protégé par sa grand-mère Germaine, ancienne directrice d’école. Elle lui a trouvé un logement dans la capitale pour son année de terminale au lycée Henri-IV ». On est loin de l’arrivée à Paris avec « l’ambition dévorante des jeunes loups de Balzac » qu’Emmanuel Macron a ensuite décrite dans Révolution2…
Cette exfiltration de l’adolescent par ses parents est également niée par « Brigitte » dans Paris Match3 : « Je lui ai alors demandé d’aller à Paris, au lycée Henri-IV, pour sa dernière année de lycée. Il m’a assuré qu’il reviendrait. C’était un déchirement. Nous n’avons pas coupé le fil, au contraire, il est devenu passionnel et, à 17 ans, Emmanuel m’a dit : « Quoi que tu fasses, je t’épouserai ! » » ». Ces mots ont été répétés par « Brigitte » devant la caméra de France 34 : « L’amour a tout balayé sur son passage et m’a poussée au divorce. Impossible de résister. »
À l’approche de l’élection présidentielle, les parents discrets d’Emmanuel Macron5 seront amenés à démentir devant les journalistes que leur fils adolescent a été exfiltré6. Mais dans le même temps, Emmanuel Macron explique son échec au concours d’entrée à l’École Normale Supérieure par sa situation sentimentale : « Je suis entré en khâgne [section préparatoire] sans conviction. Je venais de quitter Amiens, où ma vie amoureuse avait rendu ma situation ingérable »7.
Les mots fatals : « détournement de mineur »
Outre-Manche, le Daily Mail8 a enquêté sur la réalité de cet épisode avec le témoignage de Christian Monjou, professeur d’anglais d’Emmanuel Macron à Henri-IV9, qui a expliqué que son père l’avait placé là pour l’éloigner de « Brigitte » : « Jean Michel Macron a personnellement contacté la direction d’Henri-IV pour lui demander d’accepter son fils avec la garantie qu’il serait séparé de Madame Trogneux. Le proviseur Patrice Corre a gardé le secret familial ». Dans le même article, Benoît Delespierre, journaliste au Courrier Picard, raconte que, pour la famille de Brigitte, « c’est un grand scandale. Franchement, ils n’aiment pas trop en parler. Tout cela les a énormément gênés ».
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La journaliste Sylvie Bommel, qui a beaucoup travaillé sur « Brigitte », a fini par cracher le morceau : « Pendant la campagne présidentielle, lorsqu’il a fallu donner quelques détails sur les circonstances de leur rencontre, le couple Macron a tout fait pour que les mots fatals de détournement de mineur ne soient jamais prononcés »10…
Dans Les Macron, l’une des hagiographies du couple présidentiel, on peut lire : « L’affaire, équivoque, n’a pas eu l’issue que l’on aurait pu attendre, à fortiori dans un établissement privé religieux. Dans n’importe quel lycée de France, ce genre d’histoire, c’est comme si le ciel vous tombait sur la tête, c’est proprement inconcevable ! […] La majorité sexuelle est à dix-huit ans, et non à quinze ans, si l’adulte a autorité sur le mineur. Cela signifie que les enseignants ne sont pas légalement autorisés à avoir des relations intimes avec leurs élèves. […] À certains égards, ce diptyque enseignant-élève emprunte à la relation tutélaire entre parent et enfant »11.
Sources
1. Le Fantasme Macron, Le Monde, 13 novembre 2015.
2. Révolution, Emmanuel Macron, XO Éditions, 2016.
3. Paris Match, 14 avril 2016.
4. La Stratégie du Météore, Pierre Hurel, France 3, 21 novembre 2016.
5. Dans Le vieil homme et le (futur) président, publié le 9 novembre 2016, Le Monde note que les parents d’Emmanuel Macron « planent comme des fantômes sur sa biographie ».
6. »« Nous ne l’avons pas poussé dehors » dit le père d’Emmanuel, visiblement fatigué de lire ces accusations dans la presse. Nous avions prévu depuis longtemps que lui et son frère iraient étudier à Paris », ajoute-t-il, désireux de dire la vérité. (Cité par Caroline Derrien et Candice Nedelec dans Les Macron, Fayard, 2017) ; « Selon Jean-Michel Macron, qui a toujours prévu que ses enfants étudient à Paris, c’est Emmanuel qui a voulu étudier en terminale [avant baccalauréat] dans la capitale : « C’était son souhait », dit-il. « Encouragé par Brigitte. […] Et sa mère d’ajouter : [ … ] Nous avions l’intention de l’inscrire à Paris à partir de la classe de 10ème. Cette décision n’était pas liée à sa relation avec Brigitte ». (cité par Anne Fulda dans Un jeune homme si parfait, Plon, 2017).
7. Entretien avec Jérôme Garcin, L’Obs, 17 février 2017.
8. Emmanuel Macron exilé à Paris « pour échapper à Brigitte », Daily Mail, 28 avril 2017.
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9. Ce témoignage est à prendre avec des pincettes. Il peut s’agir d’un jeu de communication, Emmanuel Macron entretenant à l’époque une relation suivie avec Christian Monjou. « Christian Monjou, son ancien professeur avec qui, depuis qu’il est à l’Élysée, il échange des messages toutes les semaines « (Le Monde, Les Infortunes du jeune Macron, 3 mars 2018). Le Point (Christian Monjou, prof principal du président de la République, 29 juin 2018) décrit également une relation « affective » entre Monjou, spécialiste de la civilisation américaine, à ce titre bien inséré dans les réseaux transatlantiques, et son ancien élève, qui l’appelle tendrement « Bibiche »….
10. Il venait d’avoir dix-sept ans, Sylvie Bommel, JCLattès, 2019.
11. Les Macron, Caroline Derrien et Candice Nedelec, Fayard, 2017.
p.58
Texte du chapitre 8
8
L’OMBRE DU LOBBY PÉDOPHILE
La grande manipulation
« J’ai une conviction personnelle que je veux partager avec vous. Nous devons aligner l’âge du consentement sur celui de la majorité sexuelle, à 15 ans, dans un souci de cohérence et de protection des mineurs ». Depuis l’annonce d’Emmanuel Macron le 25 novembre 2017, le malaise ne s’est jamais dissipé, et, comme le sparadrap toujours collé sur le visage du capitaine Haddock dans Tintin, la question a refait surface à intervalles réguliers, avec son impact en termes de relations publiques, mais surtout ses aspects implicites.
L’annonce d’Emmanuel Macron est intervenue après la médiatisation de deux scandales judiciaires à l’automne 2017, l’un à Pontoise (Val-d’Oise) le 25 septembre et l’autre à Meaux (Seine-et-Marne) le 7 novembre. Le point commun de ces deux affaires est que la justice française a admis que des fillettes avaient consenti à des relations sexuelles avec des adultes. À Pontoise, le parquet a dégradé la qualification de viol en agression sexuelle, en faisant un délit punissable non pas par la cour d’assises (federal district court aux Etats-Unis) mais par le tribunal correctionnel. A Meaux, le violeur a été acquitté par la cour d’assises, estimant qu’il y avait consentement.
p.59
Face à la vague d’indignation de l’opinion publique, le gouvernement, par la voix de Nicole Belloubet, alors ministre de la Justice, avait lancé une campagne de poudre aux yeux en avançant l’idée d’une majorité sexuelle à 13 ans, qui serait le seuil d’une présomption « irréfragable » de non-consentement, c’est-à-dire irréfutable1. La mesure était évidemment présentée comme un « projet de loi visant à mieux protéger les femmes et les mineurs contre les violences sexuelles ». En réalité, l’objectif consistait à faire avancer une vieille demande du lobby pédophile : l’abaissement de l’âge du consentement sexuel.
En France, la majorité sexuelle est définie comme « l’âge auquel un mineur peut valablement consentir à des relations sexuelles (avec ou sans pénétration) avec une personne majeure, dès lors que celle-ci n’est pas en situation d’autorité sur le mineur ». Depuis 1945, cet âge est fixé à 15 ans, mais étendu à 18 ans si le majeur est une personne ayant autorité sur le mineur. Il s’agit d’une définition claire de la majorité sexuelle, et Nicole Belloubet, alors ministre de la Justice, ne pouvait l’ignorer puisqu’elle avait été confirmée en 2015 par le Conseil constitutionnel alors qu’elle en était membre.
Et Emmanuel Macron se donne le beau rôle, en présentant comme une « conviction personnelle » et un souci de « protection » l’« alignement de l’âge du consentement sur celui de la majorité sexuelle, soit 15 ans ».
En fait, Emmanuel Macron et Nicole Belloubet avaient lancé une grande manipulation.
Résumée en six points :
1-Le consentement est déjà aligné sur la majorité sexuelle.
2-La majorité sexuelle est déjà fixée à 15 ans.
3-La loi n’est tout simplement pas appliquée.
4-Nicole Belloubet et Emmanuel Macron le savent bien, et une simple circulaire rappelant la loi aux tribunaux aurait suffi.
5-Prétendre qu’il n’y a pas d’alignement entre le consentement et la majorité sexuelle et proposer d’abaisser la majorité sexuelle à 13 ans, tout en invoquant la protection des mineurs et en lançant le pseudo-concept d’« irréfragabilité », est donc un tour de passe-passe destiné à rouvrir le débat sur deux sujets : le consentement sexuel des mineurs et l’abaissement de la majorité sexuelle.
6-Ces deux points sont des revendications historiques du lobby pédophile.
p.60
Le couple présidentiel piégé par la prescription
Le gouvernement a ensuite fait valoir que l’introduction d’un âge « irréfragable » de non-consentement serait rejetée par le Conseil constitutionnel français (ce qui, comme nous venons de le voir, est faux). Le Conseil d’État a ensuite soutenu cet argument fallacieux en rejetant le seuil de présomption « irréfragable » de non-consentement. Le tout avec le soutien du Syndicat de la magistrature (radical), dont le secrétaire général Jacky Coulon avait déclaré : « L’automaticité de ce seuil bafoue la présomption d’innocence. L’inscrire dans un texte de loi le rendrait inconstitutionnel »2.
Mais à l’époque, le gouvernement est débordé par la médiatisation en France des pratiques sexuelles du photographe britannique et pédocriminel notoire David Hamilton. C’est ainsi que cette séquence a abouti à l’inscription, dans la loi Schiappa du 3 août 2018, de l’allongement du délai de prescription des crimes sexuels sur mineurs, de 20 à 30 ans à compter de la majorité de la victime, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’elle atteigne 48 ans. Concernant le couple présidentiel, Emmanuel Macron aura 48 ans le 21 décembre 2025…
Comme en 2017-2018, le lobby pédophile a récidivé en 2021 avec une nouvelle tentative de ramener en catimini la majorité sexuelle à 13 ans en introduisant en catimini le « projet de loi visant à protéger les jeunes mineurs contre les crimes sexuels ». Le 21 janvier 2021, le Sénat a adopté en première lecture un amendement qui inclut « comme crime sexuel, les relations sexuelles bucco-génitales commises par un majeur sur un mineur de 13 ans ». Annick Billon, la sénatrice UDI (Union des démocrates et indépendants) qui a déposé l’amendement, ne cache même pas sa pensée lorsqu’elle explique : « Oui, il peut y avoir des enfants consentants, il ne faut pas l’oublier »3.
Face au tollé, Éric Dupond-Moretti, qui a succédé à Nicole Belloubet au ministère de la Justice, a tenté d’éteindre l’incendie en répétant, le 9 février 2021, que « tout acte de pénétration sexuelle, réalisé par un majeur sur un mineur de moins de 15 ans, sera considéré comme un viol »… ce qui est d’ailleurs déjà le cas.
p.61
Elle sera réaffirmée par la loi du 21 avril 2021, qui apporte en catimini deux modifications au principe de minorité sexuelle de 1945. 1-Les adultes ne seront passibles de poursuites pénales que si leur différence d’âge avec le mineur dépasse 5 ans.
2-Si l’« inceste » (étendu aux grands-oncles et grands-tantes) est désormais inscrit dans le code pénal français4, l’exception d’autorité portant la majorité sexuelle à 18 ans ne semble plus être recherchée que dans le cadre familial, ce qui revient à dire que ce seuil ne s’appliquerait plus aux autres « adultes d’autorité » : entraîneurs sportifs, éducateurs, enseignants, animateurs d’ateliers de théâtre, etc.
Notes
1. Entretien avec Nicole Belloubet, alors ministre de la Justice dans Le Parisien, 19 novembre 2017.
2. Cité dans Marianne, 15 mai 2018.
3. BFMTV, 22 janvier 2021, 10 h 29.
4. Dans le premier Code pénal, rédigé pendant la Révolution française, en 1791, l’inceste est dépénalisé au nom de la « liberté individuelle ».
p.62
Texte du chapitre 9
9
QU’EST-CE QUI SE CACHE DERRIÈRE
LA RUMEUR MATHIEU GALLET ?
Tancrède et les deux bagues
Au printemps 2016, pour masquer la réécriture de leur rencontre, c’est-à-dire le passage du 17/36 au 14/39, « Brigitte » et Emmanuel Macron ont allumé un puissant contre-feu : la rumeur Mathieu Gallet. L’idée est que « Brigitte » n’est qu’une couverture, qu’Emmanuel Macron est homosexuel, qu’il entretient une liaison avec le jeune et beau Mathieu Gallet, patron de Radio France, et que des photos vont bientôt apparaître dans la presse.
Mathieu Gallet est une sorte de Rastignac gay [le personnage ultra-ambitieux de Balzac] que Frédéric Mitterrand, ancien ministre de la Culture de Nicolas Sarkozy, comparait à Alain Delon dans Le Léopard : « Tancrède séduit tout le monde, et je n’échappe pas à la règle ». Il serait fastidieux d’énumérer toutes les raisons de ce succès, mais disons que ses qualités intellectuelles sont aussi séduisantes que son physique. Tancrède n’est pas seulement beau et remarquablement intelligent, il est aussi jeune, cultivé, bien élevé, travailleur, vaillant et aussi très ambitieux. […] Tancrède se prête à tout le monde et ne se donne à personne. Il est aimable, attentif, prévenant avec tout le monde, mais nous ne connaissons aucune liaison dictée par l’excitation sensuelle, l’amusement ou l’intérêt »1 La formule a fait mouche dans le Tout Paris, et les effluves d’une liaison entre Mathieu Gallet et Emmanuel Macron vont bientôt faire le tour des « dîners en ville ».
p.63
Un détail a alimenté la rumeur : Emmanuel Macron portait deux alliances, une à chaque annulaire, indice possible de son appartenance aux réseaux homosexuels de la haute fonction publique. Deux bagues qu’avait aussi ostensiblement portées Richard Descoings, l’emblématique président de Sciences-Po Paris, et compagnon du patron de la SNCF Guillaume Pépy après son mariage avec Nadia Marik en 2004 : « Je suis homosexuel pour ceux qui savent et hétérosexuel pour ceux qui n’ont pas besoin de savoir « proclamait Descoings, prince noir du pouvoir gay et cocaïnomane notoire retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel new-yorkaise dans la nuit du 3 au 4 avril 2012.
Lorsque la rumeur Mathieu Gallet a été lancée, le détail de la double bague était dans toutes les têtes. Il avait été récemment mis en évidence dans Richie, la biographie de Richard Descoings par le journaliste du Monde Raphaël Bacqué. Dès lors, tout le monde scrute les mains d’Emmanuel Macron. La journaliste Anna Cabana écrivait à l’époque : « Son regard porte la conscience, et la revendication courtoise mais absolue, de sa singularité. Il y a sa femme, de vingt ans son aînée [en fait plus] ; l’anneau entrelacé qu’il porte à la main droite, symétrique de son alliance ; et cette affirmation de soi toujours à la limite de la démesure »2. Si, en apparence, le nom d’Emmanuel Macron a rarement été associé à celui de Richard Descoings, Anne-Sophie Beauvais, qui les a tous deux connus à Sciences-Po, y a vu un lien, expliquant qu’elle « ne peut s’empêcher d’être frappée par les similitudes entre Emmanuel Macron et Richard Descoings ». Elle décrit Emmanuel Macron comme « un véritable témoin de cette génération. Idéologiquement, il représentait ce que cette école incarnait : le libéralisme économique et l’européanisme ». Ce que Natacha Polony, une autre étudiante de notre promotion, appelle le « formatage ». Je préfère la notion de pensée dominante. Il en était une sorte d’emblème »3.
« Nous avons sciemment relayé l’histoire de Mathieu Gallet »
Avec l’association de Mathieu Gallet et de Richard Descoings comme symboles, la rumeur allait prendre comme un feu d’arbuste et se propager bien au-delà des murs de Paris. Et quand, en avril 2016, l’histoire de la rencontre est réécrite, la France entière ne réagit pas, persuadée qu’Emmanuel Macron est gay, qu’il forme un couple clandestin avec Mathieu Gallet et que « Brigitte » n’est qu’une couverture.
p.64
Et tout au long de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a semblé ravi de nier publiquement son homosexualité : « Je n’ai pas de double vie » s’exclame-t-il une première fois le 2 novembre 2016, lors d’un entretien… avec Mediapart. Puis une seconde fois, le 6 février 2017, sur scène, lors d’un meeting au théâtre Bobino : « J’entends des gens dire que je suis fourbe, que j’ai une vie cachée ou quelque chose comme ça […] Si on vous dit que j’ai une double vie avec Mathieu Gallet, c’est mon hologramme ». Un numéro de Closer proclame en couverture « Non, il n’est pas gay »4, et une interview au magazine gay Têtu permet d’affirmer : « Si j’étais homosexuel, je le dirais et je le vivrais ouvertement »5. Le 24 juillet 2018, Emmanuel Macron a publiquement nié son homosexualité pour la cinquième fois au sujet de son garde du corps controversé Alexandre Benalla : « Alexandre n’a jamais été mon amant ! ». En revanche, Emmanuel Macron n’a jamais poursuivi Alexis du Réau de la Gaignonnière qui, dans plusieurs vidéos YouTube, affirmait qu’en 2013, lors d’une de ces soirées échangistes privées prisées par l’élite (hommes politiques, avocats, hommes d’affaires, célébrités du show-business, etc.) à laquelle il était invité en tant qu’acteur porno, il avait sodomisé Emmanuel Macron.
Le but de ces dénégations n’était pas de convaincre, mais d’alimenter un contre-feu sur « Brigitte ». En effet, dans une opération d’ingénierie sociale de haute précision, en 2015-2016, lors des dîners qu’ils ont organisés aux frais du contribuable6 au ministère de l’Économie pour enrichir leur carnet d’adresses, les Macron ont eux-mêmes alimenté, sinon lancé, la rumeur, comme l’a établi en 2019 le journaliste Marc Endeweld7 :
« Chaque dîner à Bercy est l’occasion pour Emmanuel et Brigitte d’aborder la question devant leurs invités. « Vous savez, on dit qu’Emmanuel est gay… mais c’est totalement faux ! » proteste une Brigitte Macron indignée. [Quant à Macron, lorsqu’il rencontre en privé des éditorialistes ou des patrons de presse pour préparer son envol, il n’oublie jamais de mentionner « la rumeur » dans ces conversations politiques. C’est plus fort que lui : il faut qu’il en parle. [ … ] Cette obsession du déni, dans un cadre privé, finit par être contre-productive, car elle ne fait qu’alimenter la rumeur. [Un ancien membre de la campagne de Macron confiera plus tard : « Nous avons sciemment relayé l’histoire de Mathieu Gallet« ». Ce brouillard de guerre s’est répandu au moment même où leur histoire se réécrivait,
p.65
comme l’avaient déjà perçu les journalistes Caroline Derrien et Candice Nedelec. « On a entendu toutes sortes de choses », soupire un proche du candidat d’En Marche! : « qu’Emmanuel aurait fait de mystérieux voyages en Afrique ou choisirait ses amantes à l’Opéra de Paris ! Drôle de confidence de la part du camp qui cherche à s’emparer de la rumeur pour mieux faire passer son champion pour une victime.»8 Plus tard, lorsqu’une autre “rumeur” est apparue sur la véritable identité de “Brigitte”, le couple s’est montré beaucoup moins loquace, et pas du tout amusé…
Notes
1. La Récréation, Frédéric Mitterrand, Robert Laffont, 2013.
2. Macron : et pourquoi pas lui ? », Le Point, 31 décembre 2015.
3. On s’était dit rendez-vous dans vingt ans, Anne-Sophie Beauvais, Plon, 2018.
4. Closer, 10 février 2017.
5. Têtu, 26 février 2017.
6. Sur ce point, voir L’Express, 16 novembre 2016, Dans l’enfer de Bercy de Frédéric Says et Marion L’Hour (JCLattès, 2017) et Un Ministre ne devrait pas dire ça… de Christian Eckert (Robert Laffont, 2018) : « En plus de l’appartement privé, tous les espaces du 7e étage de Bercy, qui abritent les salles de réunion et de réception du ministère, ont été utilisés simultanément. Cette stratégie a permis à Brigitte et Emmanuel Macron de prendre un cocktail lors d’une réception au ministère, puis d’entamer un dîner plus formel avec d’autres invités au 7e étage, suivi d’un second dîner à l’appartement ! Un double dîner, en somme. [ … ] En 2016, l’intégralité des crédits de l’année a été dépensée en frais de représentation au cours des huit premiers mois ! ».
7. Le Grand Manipulateur, Marc Endeweld, Stock, 2019.
8. Les Macron, Caroline Derrien et Candice Nedelec, Fayard, 2017.
p.66