Titres des paragraphes du chapitre 11
Formé par la couverture du mode de vie de Dominique Strauss-Kahn
Quand la communication passe mal
54:04 Debut podcast Chap 11 : LES AUTEURS DE LA « LÉGENDE OFFICIELLE »
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Texte du chapitre 11
11
LES AUTEURS
DE LA « LÉGENDE OFFICIELLE »
Formé par la couverture du mode de vie de Dominique Strauss-Kahn
14 mai 2011, New York, 16h40. Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, est arrêté à l’aéroport JFK de New York. Cet éminent socialiste, en tête des sondages pour la prochaine élection présidentielle française, est accusé d’avoir agressé sexuellement quelques heures plus tôt une femme de chambre, Nafissatou Diallo, dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel de New York. L’addiction de DSK au sexe et son insistance avec les femmes étaient de notoriété publique, mais les principales figures du Parti socialiste feignent l’étonnement à la télévision. En ce mois du 20 mai, tout le monde répète le même langage en forme de déni : « Je connais Dominique. Ce n’est pas son genre ».
Une formule concoctée par une équipe de communicants de crise d’Euro RSCG qui, depuis des années, organise et protège le train de vie du libidineux directeur général du FMI :
Anne Hommel, Stéphane Fouks, Ramzi Khiroun, Gilles Finchelstein et Ismaël Emelien.
Cette fois, la carrière politique de leur champion est bel et bien terminée. Une partie de cette équipe sera chargée de construire la « légende officielle » du couple Macron, dès 2012, lorsqu’Emmanuel Macron a succédé à François Hollande à l’Élysée : « Gilles Finchelstein travaillera avec DSK pour préparer pas à pas sa candidature à l’élection présidentielle ».
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Il s’est souvenu du nom du gamin [Emmanuel Macron] [ … ] Quelques années plus tard, c’est au tour de Macron d’écouter ce jeune homme cérébral, devenu l’un des invités secrets de ses dîners stratégiques. Une fois nommé secrétaire général adjoint de l’Élysée, il est un habitué du duo Gilles Finchelstein-Ismaël Emelien, reconstitué chez Euro RSCG, aujourd’hui Havas. Nous étions ses « brainstormers de confiance », se souvient Fincheslstein, qui se défend d’être “son conseiller” [ … ]. Mais « nous étions ses yeux et ses oreilles », dit le second. [ … ] Chacun est tenu de garder le silence après avoir quitté les lieux. Gilles Finchelstein introduit souvent la discussion1. “Brigitte” est à la fois un sujet et la pierre angulaire des discussions :
« Chaque dimanche soir, le couple tient des réunions secrètes dans une salle située dans l’aile est du palais de l’Élysée. [ … ] « Comment puis-je avoir un profil public ? » Telle est la question. Au programme : discuter de sa popularité, de sa stratégie médiatique et de ses relations avec la presse, de ses relations avec les patrons. Son épouse « Brigitte » est presque toujours présente, et pas avec un rôle d’auxiliaire : elle donne son avis, mène la discussion, et la modère, en répartissant les tours de parole2.
En effet, la formulation de la première version mensongère de la rencontre (servie entre juin 2012 et avril 2016), de leurs « presque vingt ans d’écart “ dans une relation qui a commencé quand “ elle avait 36 ans et lui 17 ”, et d’une enseignante “ troublée ” et “ captivée ” par une élève “ brillante ”, porte la marque de Gilles Finchelstein3. Sa touche se retrouve dans trois anecdotes racontées par « Brigitte » et largement reprises par la presse : « A ceux qui la questionnent, elle glisse simplement, sur le ton du secret, les trois mêmes anecdotes qui résument son idylle avec « Emmanuel » : une remarque de la seconde fille, (qui l’a rencontré pour la première fois au lycée La Providence d’Amiens) sur un « personnage fou qui savait tout sur tout » ; le départ du jeune prodige pour Paris, jurant qu’il reviendrait pour l’épouser ; et sa certitude, dès leur rencontre, qu’elle vivrait toujours avec lui »4.
Et lorsqu’Emmanuel Macron a été nommé ministre de l’Économie, Ismaël Emelien, bras droit de Gilles Fichelstein, a rejoint son cabinet. Emmanuel Macron le présente même comme son « plus proche collaborateur » lorsqu’en novembre 2015, l’équipe des communicants est renforcée par Joël Benenson, influent spin doctor américain auréolé de son succès auprès de Barack Obama lors des élections présidentielles de 2008 et 20125.
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La spécialité de Joel Benenson : ses sondages d’opinion, qui ont permis de vendre à l’opinion publique américaine le couple Barack et Michelle.
Pourtant, les sondages confidentiels commandés sur l’affaire « Brigitte » n’ont pas donné les résultats escomptés : « Début 2016, l’épouse du futur président avait été jusqu’à démarcher plusieurs profils de conseillers en relations publiques, et en rencontrer un, pour remplacer Ismaël Emelien », rapporte Marianne6 : « Quelques mois plus tard, à l’automne 2016, c’est cette fois le jeune conseiller qui, sur la base d’enquêtes d’opinion qualitatives, a conseillé à son patron de moins mettre en avant son épouse. « Elle était jugée trop ‘show off’ [sic en français], presque trop ‘bling-bling’ pour Macron », explique un initié. Cependant, le candidat Macron n’a jamais tranché en défaveur de sa femme. […] Le soir du premier tour, lorsque l’équipe de campagne s’est retrouvée à la brasserie La Rotonde [une brasserie chic de Montparnasse] – une idée de Brigitte à l’origine -, Emelien s’est vu refuser l’accès à l’étage où dînait le futur président. Brigitte Macron n’a pas voulu admettre l’homme qui a tenté de l’évincer au début de la campagne…»
Lorsque la présence médiatique du couple n’était pas encore bien établie, dans les rares occasions où le discours n’était pas soigneusement filtré, « Brigitte », loin de la femme élégante et raffinée férue de littérature présentée officiellement, renvoyait une image totalement différente, avec une série d’insinuations lourdes et souvent grossières : « Montaigne a dit : Il faut toujours se polir la cervelle, mais se frotter à l’autre : Il faut toujours polir son cerveau en le frottant à celui d’autrui. C’est très important pour le progrès. Alors on frotte beaucoup »7. [En français, limer peut être utilisé comme une métaphore sexuelle vulgaire]. Dans une séquence qui aurait pu s’inscrire dans le personnage provocateur de Sacha Baron Cohen, Brüno, « Brigitte » et « Emmanuel » s’amusent des blagues de l’écrivain homosexuel Philippe Besson sur l’anatomie de « Makao », leur garde du corps congolais8 …
Plus tard, il a été établi que les termes utilisés pour décrire Emmanuel Macron comme « beau » et Brigitte comme « l’atout charme de son mari, l’incarnation du glamour français » étaient entièrement faux :
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« Plusieurs de ses conseillers [ … ] citent des sondages dans lesquels les Françaises expliquent que le presque quadragénaire [ … ] ne leur paraît pas si charmant. Electoralement dangereux. Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, en revanche, étaient perçus par certaines électrices comme des sex-symbols. Fin 2016, un extrait d’une étude qualitative d’Ipsos sur l’image présidentielle de Macron apportait une preuve supplémentaire aux détracteurs de la future Première dame. « Les couvertures de Paris Match et les coups de projecteur sur Brigitte Macron n’ont pas suscité de réactions virulentes, mais un accord a été rapidement trouvé pour imposer une plus grande discrétion aux médias sur sa vie privée, en particulier sur la visibilité de sa famille », écrivait-il dans un langage très diplomatique. Exit Brigitte ? »9.
A propos des relations tendues entre « Brigitte » et l’équipe d’Ismaël Emelien, les journalistes Nathalie Schuck et Ava Djamshidi écrivent qu’ils « rêvent qu’elle meure ». Pour eux, ce veuf éploré serait formidable pour les relations publiques. Elles sont amoureuses de lui. La nuit, elles rêvent de la faire disparaître »10 … Ismaël Emelien a quitté l’Élysée au printemps 2019, prétendument pour rédiger un essai sur le progressisme (un échec total malgré un copieux battage médiatique). Mais la vraie raison de sa sortie du dispositif est évidemment son désaccord avec “ Brigitte ” et les révélations par Le Monde de son audition du 16 janvier 2019 par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la “ police des polices ”, c’est-à-dire le service de police de toutes les polices, au cours de laquelle il a reconnu, penaud, avoir coordonné des opérations de trolling et de diffusion de fake news sur Twitter pendant la chute d’Alexandre Benalla, le garde du corps et homme à tout faire des Macron.
Quand la communication passe mal
Pourtant, après avoir tenté d’évincer « Brigitte », Ismaël Emelien était aux commandes lors de la désastreuse séquence médiatique de l’été 2018, un événement révélateur qui fut l’une des causes inavouées du réveil populaire des Gilets jaunes…
L’embardée a eu lieu le 21 juin 2018. À l’occasion de la Fête de la Musique, le couple présidentiel a organisé une soirée publique dans la cour de l’Élysée.
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Les invités vedettes : une troupe de travestis africains dansant sous le porche au son d’un DJ arborant un T-Shirt « Fils d’immigré, noir et pédé ». La France entière regarde, médusée, le couple présidentiel se déhancher au son de ce rap gay : « Ce soir, brûlons cette maison, brûlons-la complètement », « ne t’assieds pas, salope, s’il te plaît », « danse, enculé, danse », « tu m’en veux parce que je me suis fait sucer la c… et lécher le c… », et ainsi de suite. « Quand j’ai vu les transgenres sur le perron, j’ai pensé à Yvonne de Gaulle et Bernadette Chirac. Il y a soixante ans, Mme de Gaulle interdisait l’accès à l’Élysée aux divorcés, et voilà qu’on fait venir un DJ pédé et ses danseurs transgenres… » confie, consterné, un conseiller du président de la République11.
En souvenir de cette soirée, cette photo, reproduite ici à la une du quotidien catholique conservateur Présent12, a été postée sur Instagram par le cabinet de « Brigitte », alors composé de Pierre-Olivier Costa13 et Tristan Bromet. Leur surnom à l’Élysée était « les meufs ».
La Fête de la Musique a été suivie, fin septembre, par la tournée en solo d’Emmanuel Macron dans les Caraïbes (prévue et organisée par Ismaël Emelien) avec l’image catastrophique d’un président de la République cédant à ses pulsions, tripotant des braqueurs antillais aux torses nus devant les Français médusés….
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Entre l’exposition queer à l’Élysée en juin et la tournée antillaise attachante des délinquants en septembre, Emmanuel Macron s’est rendu au Nigeria. Il n’a jamais cherché à cacher son attirance physique pour les footballeurs Paul Pogba et Kylian Mbappé lors de plusieurs éditions de la Coupe du monde de football. Lors de son « road trip » dans la capitale nigériane Lagos (où il avait séjourné lors de son stage à l’École nationale d’administration), il s’est offert une soirée afrobeat au New Afrika Shrine, la boîte de nuit en vogue de la ville.
En novembre 2019, alors que des internautes soupçonnent Emmanuel Macron d’avoir reçu l’artiste conceptuelle serbe Marina Abramovic à l’Élysée, la rubrique Checknews14 du site de Libération insiste sur le fait que cette invitée ne doit pas être appelée tout bonnement Marina Abramovic « mais l’artiste Rouge Mary, auto-définie comme non-binaire, trigenre et, pourquoi pas, plus »….
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Sources du chapitre 11
1. Emmanuel Macron, en marche vers l’Élysée, Nicolas Prissette, 2016, Plon.
2. Le Grand Manipulateur, Marc Endeweld, Stock, 2019.
3. Dans Les Strauss-Kahn (Albin Michel, 2012), Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin révèlent comment Gilles Finchelstein a fabriqué son langage public avec Dominique Strauss Kahn, à partir de l’affaire de la MNEF (affaire d’enrichissement personnel et d’emplois fictifs touchant la Mutuelle nationale des étudiants de France) : « Gilles Finchelstein rapporte que beaucoup d’entre eux font encore confiance à Dominique Strauss-Kahn. Rompus à l’argumentation militante et déjà experts dans la production d’accroches pour les relations publiques, ils répètent le même mot pour excuser leur patron : la légèreté, présentée non comme un défaut mais comme un trait un peu inévitable du surdoué, du brillant, de l’insouciant qui n’a ni le goût ni l’envie de s’embarrasser de l’insignifiant. Ils répètent que « Dominique a peut-être péché par inadvertance, mais la justice l’innocentera, et il reviendra ». Dix ans plus tard, l’affaire Piroska Nagy [des faveurs illicites de DSK à un économiste du FMI] éclate : « Le 19 octobre 2008, Anne Sinclair, épouse de Dominique Strauss-Kahn, publie sur son blog un texte largement inspiré de ce couple de relations publiques. « Beaucoup d’entre vous m’ont envoyé des messages très gentils hier après l’article du Wall Street Journal et l’écho qu’il a eu en France. Cela m’a touché ». [ … ] et la chute croustillante : « Tout le monde sait que ce sont des choses qui peuvent arriver dans la vie de n’importe quel couple. En ce qui me concerne, cette histoire d’un soir est désormais derrière nous. Nous avons tourné la page. Puis-je ajouter en conclusion que nous nous aimons comme au premier jour ? » « Franchement, nous avons très bien fait », dit Gilles Finchelstein avec satisfaction. « Puis, après le scandale du Sofitel : « Pourquoi ont-ils choisi ces mots qu’ils répètent tous ? Jean-Christophe Cambadélis déclare fermement : « Pour l’instant, je ne veux ni ne peux tirer de conclusions hâtives de la mise en examen de Dominique Strauss Kahn, mais toute cette histoire ne lui ressemble pas ». Jean-Marie Le Guen : « Il faut se garder de tirer des conclusions avant que Dominique Strauss-Kahn n’ait parlé. Et puis, surtout, cette affaire ne ressemble pas à DSK, l’homme que nous connaissons tous. »Pierre Moscovici : « Attendons la version des faits de DSK. Je le connais depuis trente ans et cela ne ressemble pas à ce que je connais de lui ». François Pupponi : « La prudence doit être de mise. Tout ce que je peux vous dire, c’est que ce qu’on nous présente n’a absolument rien à voir avec le Dominique Strauss-Kahn que je connais. » Partout la même incrédulité en forme de déni. Et la même formulation récurrente : « Ça ne lui ressemble pas ».
4. Compagne présidentielle, Le Monde, 18 avril 2017.
5. Ismaël Emelien, le très discret homme du président, Le Monde, 2 février 2019.
6. Marianne, 27 octobre 2017.
7. Canal +, 14 novembre 2015.
8. » Philippe Besson – Avez-vous une protection particulière ce soir ? Emmanuel Macron : – J’ai Makao, un type qui chausse du 54. Besson : – Ça fait rêver pour la suite ! Macron : – Ouais ! (tout le monde rit) ». La séquence a été diffusée dans l’émission Quotidien de TMC le 3 juin 2017.
9. Madame la Présidente, Nathalie Schuck et Ava Djamshidi, Plon, 2019.
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10. Madame la Présidente, Nathalie Schuck and Ava Djamshidi, Plon, 2019.
11. Madame la Présidente, Nathalie Schuck and Ava Djamshidi, Plon, 2019.
12. Present, June 26, 2018.
13. Pierre-Olivier Costa left the Élysée in October 2022 for the presidency of the Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) in Marseilles.
14. Libération.fr, November 8, 2019.
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